Culture -

Publié le 22/01/2009 | 16:35

THEATRE. Gerty Dambury : Les mots et la mémoire

Par Philippe TRIAY

Dramaturge, metteur en scène, poète, actrice et auteur de nouvelles, Gerty Dambury a remporté le prix 2008 de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) de la dramaturgie de langue française pour sa pièce « Trames ». Entretien.

La dramaturge guadeloupéenne Gerty Dambury © DR La lecture de Trames fait inévitablement penser au célèbre Huis clos de Jean-Paul Sartre où « l’enfer c’est les autres ». En l’occurrence, par un jeu de miroir névrotique mère-fils, sous le regard d’un esprit errant, et où l’absence du père pèse aussi lourdement qu’une présence inquisitrice. En filigrane, le malaise identitaire antillais et la relation complexe, et confuse, à l’Afrique.

« Problème identitaire »
« Mon désir de parler de ce problème identitaire n’est pas nouveau » confie Gerty Dambury. « J’avais déjà abordé cette question dans ma pièce Lettres indiennes, par le biais de l’indianité. Deux choses sont venues se greffer sur Trames. La première c’est un voyage en Afrique, au Mali. C’est la première fois que j’allais en Afrique, et j’ai eu le sentiment de voir des choses qui m’étaient familières et à la fois qui m’étaient complètement étrangères. Cela a remué quelque chose. S’ajoute le fait que depuis un certain nombre d’années il y a beaucoup de commémorations en Guadeloupe autour de cette identité liée à l’esclavage. »

« Il y a donc à la fois un désir de mettre sur le tapis des choses qui avaient été étouffées pendant très longtemps, et de réactions de gens qui disent « c’est bon, maintenant passons à autre chose ». Nous sommes encore dans ce débat-là aujourd’hui et Trames tourne autour de cette question : la mémoire. La question peut-être, fondamentalement, est de savoir à quel moment l’individu trouve sa place dans une histoire encore extrêmement collective.  »

Trames est une pièce lucide, pessimiste et tragique, qui nous emporte dans les errances d’une société à la dérive, symbolisée par Christian, le fils tourmenté. Un pessimisme assumé par la dramaturge guadeloupéenne. « Je vis ici (dans l’Hexagone, ndlr). Si mon regard était plus optimiste peut-être que je serais là-bas ... Depuis les dernières années j’ai le sentiment que les choses s’accélèrent. Une société comme la Guadeloupe qui tourne un peu en rond dans un ensemble plus grand qu’est la France, ce questionnement permanent, ce qu’est devenu notre société, à savoir essentiellement une société de consommation, les problèmes économiques, tout cela débouche sur de l’agressivité et de la violence quotidienne. Cette société souffre.  »

Gerty Dambury évoque sa rencontre avec le théâtre
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Souffrance des femmes
Souffrance dont sont plus particulièrement victimes les femmes, battues, violentées, mais dont la résistance et la capacité d’endurance relèvent de l’héroïsme dans Trames. Une problématique chère à Gerty Dambury, dont la pièce, en ce sens, relève d’une sorte de thérapie visant à exorciser la douleur. « J’ai toujours été une militante de la cause des femmes. Quand je suis rentré en Guadeloupe en 1980, alors que le mouvement des femmes était fort à Paris, j’ai été frappé de voir que le mouvement en Guadeloupe était limité globalement à l’Union des femmes guadeloupéennes qui organisait de temps en temps des sorties, ainsi qu’au planning familial chargé de régler la question de l’hyperfécondité présumée des femmes antillaises. »

« La mobilisation sur la place des femmes dans la famille, la participation des hommes à la maison, le refus du harcèlement au travail, la violence, sur toutes ces questions on se dit que rien n’a bougé. En même temps je m’aperçois qu’en France il y a un retour en arrière. Malheureusement, sur la question de la violence, à part une fois l’évêque de la Guadeloupe, je ne crois pas avoir entendu aucun homme ou femme politique intervenir sur ce sujet. Voilà pourquoi je dois témoigner et demander aux gens de s’interroger. C’est aussi le sens de ma pièce.  »

L’auteur plaide pour vraie place des intellectuels en Guadeloupe 
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Après dix représentations au mois de novembre 2008 au Musée Dapper à Paris, avec les comédiens Firmine Richard, Martine Maximin et Jalil Leclaire, la pièce poursuit sa route. Trames sera présentée le 04 mars 2009 au Lavoir Moderne Parisien, dans le 18ème arrondissement, avant d’aller à Fort-de-France à la rencontre du public martiniquais. Et peut-être guadeloupéen, dans la foulée. « Les discussions sont en cours », confirme Gerty Dambury. Trames figurera également au programme de la Saison créole 2009 au Parc de la Villette à Paris, dans le cadre des « Théâtres créoles », du 15 septembre au 15 octobre.

Actuellement, Gerty Dambury est en résidence d’écriture à l’Espace Canopy à Paris, jusqu’au mois de septembre, où elle s’est attelée à la rédaction d’un roman. Elle y réalise parallèlement une animation mensuelle. Celle de janvier est consacrée à la littérature caribéenne anglophone, et la rencontre de février devrait porter sur l’écrivain guyanais Léon Gontran Damas. Par ailleurs, la dramaturge guadeloupéenne travaille, en anglais et en français, sur le projet d’un hommage à Aimé Césaire prévu en mars 2009 à Philadelphie.

Pour aller plus loin ...
Bibliographie de Gerty Dambury

JT en vidéo

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