© Kazarabika
Le percussionniste guadeloupéen Gustave Labeca vient de publier « I ka i pa ka », une méthode d’apprentissage complète du tambour boula pour les rythmes de base du gwo-ka. Une première.
Cet ouvrage fera date, car c’est sans nul doute le livre le plus complet sur le gwo-ka, défini par son auteur, Gustave Labeca, comme les « musique, danse et chants issus de la Guadeloupe ». « Le but de cet ouvrage est de présenter l’instrument boula (tambour au timbre grave) dans les rythmes de base du gwo-ka », explique Gustave Labeca. « Pour moi, cette musique s’est jouée à l’origine avec toutes sortes d’instruments (voix, mains, ti-bwa), dans l’urgence. »
Exercices pratiques
Intitulé « I ka i pa ka » (« il va ou il ne va pas ? », « c’est cela ou pas cela ? »), le livre est une méthode d’apprentissage et de travail destinée à des musiciens confirmés ou non. Il propose de nombreux exercices pratiques autour des rythmes du gwo-ka : boulagyèl (technique vocale et nasale de jeu), frappe de mains, chacha (sorte de calebasse), siyak (instrument composé d’un bout de bambou strié gratté par des tiges fines de bambou) et tanbou ka, battements de pieds, etc.
« I ka i pa ka » est également construit comme une réflexion sur l’histoire et la sociologie du gwo-ka. « Cet ouvrage m’a permis de m’exprimer et de contribuer à l’étude de la musique afro-guadeloupéenne. Ce dernier point est très important pour moi », souligne Gustave Labeca lors d’une rencontre à Paris. « Le maître mot c’est l’adaptation. La percussion se joue toujours en déséquilibre, d’où l’exercice que j’ai créé qui s’appelle « ékidéséki ». Cela veut dire que d’une situation chaotique on peut retrouver un équilibre. Mais cet équilibre est toujours rompu, ce qui renvoie également au titre de l’ouvrage, « I ka i pa ka ». L’idée c’est d’utiliser et de s’adapter au déséquilibre pour obtenir quelque chose qui nous permette d’avancer. On retrouve cela dans le jeu des percussions et aussi dans le jazz. »
« Manière guadeloupéenne d’être »
« Je ne suis pas seulement un défenseur du style de musique gwo-ka, mais aussi un défenseur de la musique, de la culture et des choses qui tendent à élever » précise l’auteur. « Pour moi la musique guadeloupéenne, c’est un « pattern », une séquence qui peut être ouverte et développée de mille manières. Cette séquence, ce boula, on la retrouve dans la biguine, dans le zouk, un peu partout. C’est une marque de fabrique en quelque sorte, une manière guadeloupéenne de faire, d’être et de parler. Mais il y a des ramifications ailleurs, dans les autres îles des Caraïbes, en Amérique latine et en Afrique. Il y a des troncs communs. »
Le percussionniste guadeloupéen Gustave Labeca © DR
Gustave Labeca
Percussionniste, Gustave Labeca a commencé à jouer du gwo-ka dans les années soixante-dix. « Je me suis formé un peu partout dans le monde » écrit-il, « au contact de toutes sortes de musiques : musiques guadeloupéennes (gwo-ka, zouk, quadrille...), musique afro-cubaine, musique afro-américaine, musiques indiennes, musique africaine, musique classique occidentale... ». L’auteur a étudié, entre autres, la batterie et le solfège avec Fernand Gabriel (Centre Robert Mavounzy, Guadeloupe), la batterie avec Guy Lefèvre à Paris et à la Drummers Collective à New York, et les percussions afro-cubaines avec Jose Eladio Amat à l’Institut des Arts de la Havane (Cuba).
« Ma vie est un constant « i ka i pa ka », confie Gustave Labeca. « Ekidézéki » (voir plus haut) est une notion fondamentale pour les hommes ayant vécu une situation de domination, d’esclavage. Cet état compris et vécu transforme complètement l’homme. Alors on ne peut plus et on ne veut plus marcher comme les gens dits normaux ».
► Gustave Labeca, I ka i pa ka (Gwo-ka conventionnel et Soupakongo. Rythmes, techniques, concepts), Kazarabika, octobre 2008, 207 pp. et CD inclus, 40 euros.
L’ouvrage est disponible dans les librairies en Guadeloupe et Martinique ; dans l’Hexagone, aux Editions Présence africaine et L’Harmattan à Paris. Possibilité de commande par Internet.
► Plus d’infos : www.kazarabika.com
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