Big Jay rencontre aujourd’hui un succès important avec son troisième album : "Keep it blazin’". L’occasion d’aller à sa rencontre et de vous présenter son univers.
Big Jay © Vidz
Big Jay est un chanteur engagé dans son époque, à l’écoute des difficultés de la société guadeloupéenne. A 27 ans, cet artiste complet s’affirme comme un représentant en devenir d’un mouvement musical encore peu médiatisé en France : le reggae Dancehall. Rencontre avec un artiste novateur au carrefour de l’Hexagone et de l’Outre-mer.
Vous avez une actualité plutôt riche en ce moment…
Big Jay : Oui ! Je m’attache dans un premier temps à promouvoir mon dernier album, Keep it blazin’ édité en septembre 2008. Un nouvel extrait est sorti pour l’été : « Gyaldem ah wine » en duo avec l’artiste Tony.C.
Parallèlement, « Be strong » une chanson enregistrée avec la star jamaïquaine Jah Mason a une bonne rotation radio. Le clip est prêt pour la diffusion et sortira bientôt ! On pourra aussi me retrouver tout au long des vacances en showcases privés mais aussi sur les podiums du Tour cycliste de la Guadeloupe, en août.
Plus récemment, j’ai tourné un clip en duo avec Little espion, intitulé « Ba ko aw bann » (Bouge-toi) qui est déjà diffusé sur le net.
Quel est le thème de cette chanson ?
Big Jay : C’est un titre qui encourage les jeunes à toujours se surpasser dans la vie, à ne pas rester assis les bras croisés à attendre que ça se passe. (rires)
Vous avez déjà écrit plusieurs chansons sur des sujets sociaux plus sérieux touchant la Guadeloupe. Est-ce important pour vous de faire passer un message dans vos textes ?
Big Jay : Avant tout, je me définirais comme étant un artiste polyvalent donc qui compose aussi bien des chansons à « texte » que des chansons plus ludiques. Ainsi je ne fais pas forcément du message une priorité !
Je consacre 40% de mon temps à la composition des rythmes et 60% à celle des paroles. Le plus souvent c’est la version instrumentale qui m’inspire les paroles. Cependant j’ai tout de même une préférence pour les chansons à « texte » car à mon sens elles sont plus à même de transmettre des émotions au public.
Comme la grève générale de février-mars, par exemple ?
Big Jay : Tout à fait. C’est un épisode marquant pour les Antilles et c’était important pour moi de revenir dessus. J’ai sorti en mars dernier un titre « Moun an lari la » (Les gens dans la rue) qui traite de cette grève. C’est un titre que l’on peut retrouver sur la compilation « Konèt lari 3 » et dont le clip sera bientôt disponible.
Mais d’autres titres me tiennent à cœur : je pense à « Bledina » qui aborde le thème de la pédophilie, « Bun up » qui traite du fléau de la drogue ou encore « Gouvernement a yo » (Leur gouvernement) qui touche aux injustices de la vie et plus précisément les événements liés à l’ouragan Katrina aux États-Unis.
Big Jay © DR
Le fait d’avoir vécu à Montpellier pour vos études (aujourd’hui diplômé d’un BTS Management et d’une Licence économie-gestion) avant de revenir vous installer aux Antilles vous donne t-il un point de vue particulier pour aborder ces problèmes ?
Big Jay : Je pense que ces années en métropole m’ont offert une vision plus objective des problèmes de la société antillaise. A l’inverse, le fait d’être aujourd’hui domicilié en Gwada m’inspire davantage. C’est en étant au cœur de l’actualité, sur place, que l’on ressent le mieux les malaises sociaux et les difficultés que rencontrent les gens.
Vous interprétez la majorité de vos chansons en créole. Ne craignez-vous pas que cela limite les auditeurs à un public ultramarin ?
Big Jay : De mon point de vue, le créole n’est pas une barrière en soit. Il suffit de voir le nombre de groupes dans le monde qui arrivent à exporter leur musique dans des pays étrangers où leur langue n’est pas comprise. La musique est universelle.
Ceci étant je ne suis pas contre le fait d’écrire des textes en français, c’est juste que je me sens plus à l’aise avec le créole. C’est aussi une façon indirecte d’affirmer mon identité, ma culture, mes racines.
Lors de mon séjour en France, j’ai tourné aussi bien en province que dans la capitale. Je me suis produit notamment au « Rockstore » à Montpellier et « l’Elysée Montmartre » à Paris. J’ai fait des scènes en Suisse et en Belgique. Selon les villes les proportions varient mais, à ma grande surprise et à maintes reprises, le public n’était pas composé uniquement d’Ultramarins. Ces derniers étaient même en minorité.
La musique peut devenir un véritable moyen de publicité et servir de vitrine sur l’Outre-mer. Recevez-vous pour autant des aides de financements par les collectivités locales pour produire vos albums ?
Big Jay : J’ai connaissance de ces aides mais j’ai toujours préféré user de mes propres moyens pour produire mes opus. Vous connaissez l’adage « On est jamais mieux servi que par soi-même. » J’ai l’opportunité de pouvoir enregistrer dans mon propre home studio, c’est ce que j’avais fait pour mon album précédent "Fè yo maché o pa" (Ils nous font marcher au pas) en 2005 et le maxi commercial "Spécial pou vou" en 2006. De ce fait je suis en autoproduction à 100 %.
Special Pou vou © DR
Vous êtes dans le milieu de la musique depuis quelques années maintenant. Arrivez-vous à en vivre ?
Aujourd’hui il est difficile de pouvoir espérer vivre un jour de sa musique tant est devenue complexe l’industrie du disque. La musique reste avant tout une passion. L’important c’est mon envie de partager ma musique avec le plus grand nombre.
Que faudrait-il pour que le reggae dance hall soit davantage reconnu ou devienne plus populaire ?
Selon moi il y a encore un gros effort qui mériterait d’être fait de la part des médias et des « décideurs » car je pense qu’il y a encore trop de barrières qui sont érigées et trop de stéréotypes vis-à-vis de cette musique. Il est pour moi inconcevable de me dire qu’en 2009 il est presque impossible d’écouter du reggae-dancehall en journée sur une radio nationale non spécialisée.
Pour finir, voulez-vous faire passer un message particulier ?
Je tiens à remercier tous ceux qui me liront et tous ceux qui me soutiennent de près ou de loin. Un gros Big up à l’équipe de RFO.fr (rires)
(Pour découvrir Big Jay, rendez-vous sur son Myspace)
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