Koffi Kwahulé @ CLP/France Télévisions
L’auteur ivoirien Koffi Kwahulé est venu présenter sa pièce de théâtre « Jaz » en Guadeloupe. Une rencontre magistrale avec le public, avec pour médiateur Gerty Dambury. Entretien.
Comment a commencé l’aventure de Jaz en pièce de théâtre ?
C’est Gerty Dambury qui en a pris l’initiative. Nous nous connaissons depuis longtemps déjà, depuis que nous étions ensemble, à la Chartreuse, en résidence d’écriture… c’était en 1998. Gerty a tout d’abord réalisé une lecture publique de la pièce, à New York. Ensuite, l’aventure de la pièce a véritablement commencé.
Pourquoi avoir donné le nom de « Jaz » à votre personnage principal ?
J’ai voulu écrire un texte qui, dans sa structure même, fonctionne comme le jazz, avec effet de rupture, de déséquilibre. Le jazz, c’est le brouillage du temps, les effets de rupture font que la concentration est nécessaire tout le temps. Autrement dit, on écoute pas Coltrane ou Monk en fond sonore. Il faut y être, il faut de l’attention, comme une initiation. Dans une histoire classique, il y a un début, un milieu et une fin. J’ai voulu bousculer l’ordre classique.
Expliquez-nous ce rapport à John Coltrane et à Théolonius Monk...
Lorsque je dis que je m’inspire de ces deux jazzmen, cela veut dire je garde leur rythme, leur arythmie. Je ressens leur musique que je tente de m’approprier… l’inspiration intervient avec pour accompagnement, comme une aspiration de leur souffle. Coltrane et ses pleins, Monk et ses vides, le jazz comme respiration. Au final, la véhémence de leur musique accompagne les mots.
Le thème est dur, la violence faite aux femmes est un thème grave. On pourrait penser qu’il entre en opposition avec la musique qui par essence peut être plus légère ?
Voilà pourquoi le jazz. La profondeur musicale du jazz permet cette transposition. Je traite dans ma pièce, du viol, de la violence concrète faite au corps…parce qu’en tant que Noir, je sais que la violence historique a été aussi physique, pas seulement psychique. C’est cette violence-là que j’ai voulu retranscrire.
"Jaz" s’adresse aux Noirs, à travers leur souffrance ?
Vous savez, les pièces des Noirs en général sont jouées par les Noirs. Mais je crois que la souffrance, le partage, la communication ne peut pas se limiter. La base de mon travail est précisément qu’un Jaune, Blanc, peut se sentir concerné. On ne peut pas limiter des thèmes à une seule catégorie de personnes. Tout le monde doit se sentir concerné. Mais c’est vrai aussi que l’expérience d’une communauté peut doit toucher toutes les autres. Je crois qu’il s’agit bien là de la valeur testimoniale du théâtre : qu’est-ce que moi, je fais des autres ? La résonance pourrait être : « Caïn : qu’as-tu fait de ton frère ? » C’est, selon moi, la question centrale du théâtre. C’est une responsabilité qui structure le statut de l’humain.
Gerty Dambury @ CLP/FranceTélévisions
Gerty DAMBURY : le talent au service de l’art
La Guadeloupéenne Gerty Dambury, écrivain, comédienne, metteur en scène, propose un jeu époustouflant. Reine d’une scène sans décor, avec pour seuls compagnons de route le texte, les lumières et la musique, la performance de l’artiste est étonnante et émouvante. Elle incarne Jaz, un être de beauté, un espace à part, au milieu d’un monde de folie et de laideur. Gerty Dambury réussit la performance de captiver du début à la fin du spectacle, avec son jeu, tout simplement splendide.
Pour aller plus loin :
Avec Koffi KWAHULE :
La page Wikipedia du dramaturge
Une biographie de Koffi Kwahulé sur Africultures
Avec Gerty Dambury
Article de Philippe Triay sur le site de Guadeloupe 1ere
Une biographie de Gerty Dambury sur Ile en île
La fiche technique de "Jaz" :
Texte : Koffi Kwahulé, publié aux éditions Théâtrales, Paris.
Mise en scène et jeu : Gerty Dambury
Lumières : Jean-Pierre Nepost
Son : Jacques Cassard
Regard extérieur : Leila Leclaire et Catherine Calixte
Costumes : Claire Risterrucci
Photos : Emir Srkalovic
Chansons écrites et interprétées par Lully Dambury
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