Patricia Braflan-Trobo@DR/FranceTélévisions
Quel est le poids de l’habitus dans notre quotidien actuel ? La théorie de Bourdieu qui prend en compte l’incidence de l’environnement que chaque être humain connaît depuis son plus jeune âge interfère-t-elle aujourd’hui encore ? Quels éléments faut-il ajouter pour une compréhension du monde qui nous entoure ? L’essayiste Patricia Braflan-Trobo propose ses éléments de réponse.
« Couleur de peau, stigmates et stéréotypes », le thème du dernier essai de Patricia Braflan-Trobo, est contenu dans son titre. Et lorsque l’on ajoute que l’auteure travaille au Pôle Emploi, alors le sous-titre est encore plus explicite : « La légende des crabes à l’épreuve du management ». Le malaise de la société guadeloupéenne se retrouve dans tous les domaines. Le monde du travail n’en est pas exempt. Partant, Patricia Braflan-Trobo tente une analyse de ce mal-être qu’elle décrypte à travers plusieurs comportements.
Sociologie appliquée à la Guadeloupe
C’est un essai pour proposer une meilleure compréhension des attitudes, des actes, des réactions qui marquent notre société actuelle. Comment passer de la compréhension de ce qui façonne un individu, à celle des comportements collectifs ? A ces interrogations, Patricia Braflan-Trobo propose une réponse qui s’appuie sur différentes théories sociologiques. Quelle est la portée de l’individu dans le groupe ? Ces notions de sciences sociales, sont reportées dans une Guadeloupe du début du 21ème siècle, en proie à de violentes convulsions, tant sociales qu’économiques, dont la répercussion dans le domaine du travail est certaine.
Connotation raciale
Les phénotypes sont-ils véritablement à associer aux comportements ? L’unité d’un peuple peut-elle être l’unité d’une race ? Les stéréotypes comportementaux sont en tous cas mis en exergue, par l’auteure,avec une analyse toujours basée sur le réel : « Les formules du type : « sé on Gwadloupéyen é poutan i ka fè sa « ou encore « sé on nèg kon mwen é i ka fè sa ! » (C’est un Guadeloupéen et pourtant il fait ça ou c’est un nègre comme moi et pourtant il fait ça !) sont des illustrations des conséquences de la réduction d’un individu à un groupe dont l’existence est basée uniquement sur la teinte de l’épiderme (p.97) ».
« Yo » vs « Nou »
L’hymne du LKP en 2009 faisait état d’une certaine vision de l’autre, le « yo », opposé au « nou » que représentaient les chanteurs de la chanson. Qui sont les autres, qui représente le « nous » ? Patricia Braflan-Trobo propose sa vision des choses. :
« (…) Par ailleurs, la catégorisation sociale partage l’environnement de l’individu de telle sorte que sont mis en exergue son groupe d’appartenance et les autres groupes ; c’est ce qui permet de poser la ligne de partage entre ce que Cerclé et Somat (1999) nomment les in-group (endogroupe) et les out-group (exogroupe), à savoir le « nous » et le « eux ». C’est ce « nous » (sous-entendu les bons) qui, dans la chanson du Lyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) la Gwadloup sé tannou », est opposée au « yo » (eux) (sous-entendu les profiteurs, les mauvais...)
Conformément aux postures protestataires généralement exprimées dans les nouveaux mouvements sociaux, les revendications portées par le LKP étaient partagées et soutenues par des personnes vivant en Guadeloupe, Guadeloupéens d’origine africaine et indienne majoritairement qui se sont pensés comme un « Nous », unis par des traits communs de similarité et de solidarité (économique, sociale, ethnique, culturel, identitaire…) en opposition à un adversaire (le « yo », les profiteurs en tous genres de la chanson du collectif »
L’originalité de l’ouvrage réside certainement dans le va-et-vient que l’auteur effectue entre les théories qu’elle décline et les différents types de comportements - tous puisés dans la mouvance actuelle - qu’elle recense. Au final, son ouvrage s’interroge bien sur la liberté que l’être humain reconnaît ou au contraire, s’interdit au quotidien.
Patricia Braflan-Trobo, Couleur de peau, stigmates et stéréotypes, La légende des crabes à l’épreuve du management », éditions Nestor, 2010, 162p.
Pour aller plus loin :
Le site des Éditions Nestor
"Gwadloup sé tan nou" mais qui est ce "nou" ? (par Jean Bernabé)
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