Actualités - Baby Doc

Publié le 19/01/2011 | 15:55

Tel est pris...

Par Catherine LE PELLETIER

Interpellé par les autorités policières haïtiennes, l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier a été enfermé dans son propre piège à Port-au-Prince où il a été entendu par la justice. Accusé notamment de vol, il est désormais mis en examen.

Jean-Claude Duvalier et sa nouvelle femme Véronique Roy@AFP
Si à son arrivée en Haïti Duvalier fils s’est montré souriant et persuadé de son bon droit, le ton a désormais changé pour cet ancien dictateur qui s’était autoproclamé «  Président à vie  ».

Première mise en examen
Corruption, détournement de fonds et association de malfaiteurs  : c’est le chef d’accusation qui pèse maintenant sur la tête de Jean-Claude Duvalier qui ne s’attendait certainement pas à un tel revirement de situation. Après une adresse au peuple haïtien en 2007, dans laquelle il présentait des excuses pour ses exactions, il devait espérer avoir été pardonné. Mais qu’est-ce qu’un peuple peut véritablement pardonner à un dictateur, lui-même fils de dictateur  ? Les règnes de Papa et de Baby Doc en Haïti se sont traduits par des bains de sang.

Au plan matériel, on estime à 100 millions de dollars le vol d’argent effectué par Duvalier et sa femme à leur départ du pays. Aujourd’hui, la Suisse déclare qu’elle est prête à reverser à Haïti les quelques 6 millions d’euros déposés dans ses caisses par l’ancien couple présidentiel. Une restitution à laquelle a toujours tenté de s’opposer la famille Duvalier.

D’autres plaintes
Au plan humain, le bilan est évidemment plus lourd, puisqu’inquantifiable. Il y a eu des milliers de morts, des milliers de personnes torturées, blessées ou condamnées à l’exil. Le bilan de l’ère Duvalier est horrible. A l’époque, la presse était bien entendu «  sous contrôle  ». Aujourd’hui Michèle Montas, femme du journaliste assassiné Jean Dominique, réunit des documents et engage un nouveau combat. Elle portera plainte contre Duvalier. C’est un devoir de mémoire. Cliquez ici pour écouter son témoignage.

Du sang sur les mains
Jean-Claude Duvalier a du sang sur les mains. Avec son armée policière de Tontons Macoutes, il a fait régner la terreur, sur le modèle déjà bien exercé de son père. Exemple : alors qu’il était marié en premières noces à Michèle Bennett – généralement jugée comme hautaine-, il avait, pour «  dettes non recouvrées  », fait enfermer son propre beau-père. C’est dire à quel point Duvalier fils était sans foi ni loi. Le symbole des années Duvalier, c’est Fort Dimanche, une prison dans laquelle des milliers de personnes ont disparu, ont été torturées.

Le retour inexpliqué
Pourquoi Jean-Claude Duvalier est-il rentré après un quart de siècle d’exil en Haïti  ? Il est arrivé à Port-au-Prince à bord d’un appareil d’Air France et son retour a été soigneusement caché. C’est seulement lorsqu’il est arrivé à Pôle Caraïbes en Guadeloupe, que l’on a su que Baby Doc rentrait au pays. Un silence qui devra être analysé. Quant aux véritables raisons pour lesquelles l’ancien dictateur et sa nouvelle femme Véronique Roy sont revenus en Haïti, elles restent floues et ne correspondent à aucune logique d’apaisement dans un pays déjà bien secoué par les événements politiques et par les drames amenés par le séisme. Cette fois-ci, la communauté internationale laissera-t-elle enfin Haïti régler ses comptes politiques elle-même ?

Pas de changement pour le vote
Le Conseil provisoire haïtien a officiellement annoncé qu’il ne changera pas le résultat du premier tour de l’élection présidentielle. Cette décision intervient alors que le chaos politique, social et économique secoue le pays. Malheureusement, il semble bien que d’autres échauffourées sont à redouter après une telle annonce.

Les dictateurs se suivent et se ressemblent  ?
La valse des dictateurs semble entamée en Haïti. Jean-Bertrand Aristide, l’ancien président, lui aussi taxé de dictature, a été obligé de partir en 2004. Au moment de son départ, les Haïtiens ne voulaient plus entendre parler de lui. Ils estimaient avoir été grugés, trompés, spoliés, par ce petit homme qui, au départ prêtre, avait bénéficié de leurs suffrages. A la fin, force était de constater qu’il avait trompé son monde. Son départ d’Haïti, aux aurores, le dimanche 29 février 2004 avait été orchestré par les Américains. Depuis le retour de Baby Doc, il y a 48h, Aristide aurait lui aussi demandé un visa...refusé.

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