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Publié le 25/06/2009 | 10:33

CHLORDECONE. Renforcer l’expertise contre le ’monstre chimique’

Des parlementaires réclament un renforcement de l’expertise scientifique sur les impacts sanitaires et environnementaux de la chlordécone.

Les bananeraies ont été durablement polluées par le pesticide © D.R. Ce pesticide utilisé pendant près de vingt ans aux Antilles et qualifié de "monstre chimique".

De 1972 à 1993, cette molécule d’origine américaine a été épandue au sol pour protéger les bananes des charançons, en particulier après les fortes pluies ou le passage des ouragans.

Sa persistance dans les sols - jusqu’à sept siècles - et le risque de contamination des aliments ont justifié en 2008 l’adoption du Plan Chlordécone en Guadeloupe et en Martinique, prévu sur deux ans pour évaluer l’importance de la pollution, ses impacts et comment s’en protéger.

20% des surfaces agricoles contaminées

Pour Catherine Procaccia, sénateur UMP du Val-de-Marne et Jean-Yves Le
Déaut
, député PS de Meurthe-et-Moselle, qui présentaient mercredi leur rapport sur "Les pesticides aux Antilles, bilan et perspectives d’évolution" au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, ce Plan devra absolument être poursuivi au-delà de la date initiale.

Selon eux, "au moins 20% des surfaces agricoles utiles" des deux îles sont contaminées par cette molécule ultra-robuste et résistante aux très fortes chaleurs. "Bien qu’elle soit très peu soluble dans l’eau, la chlordécone part avec les sédiments auxquels elle est accrochée en cas de ruissellement", indique M. Le Déaut, docteur en biochimie. "En cas de très forte contamination, le mieux est de ne rien cultiver, sauf la banane", ajoute-t-il. Car la chlordécone n’inflitre les plantes par la racine que jusqu’à un mètre au-dessus du sol.

Mme Procaccia a tenu à souligner que l’eau du robinet était hors de danger, car le système de distribution a été équipé de filtres à charbon. Mais pour les deux rapporteurs, il est indispensable de pousser l’expertise sur la contamination des sols, et d’engager l’analyse des nappes phréatiques et surtout des milieux marins.

"La cartographie a été mal faite sur terre, les données n’ont pas été référencées ni numérisées, et elle n’a pas été faite du tout en mer. Or certains poissons et crustacés peuvent être contaminés", a-t-elle estimé en rappelant que ces protéines marines sont présentes dans l’alimentation quotidienne des Antillais.

Renforcer l’analyse

Pour M. Le Déaut, "le système d’analyse en cours aux Antilles est trop lent et trop coûteux" qui implique d’envoyer les échantillons en métropole. "Il faut renforcer la science, la mise en place d’un pôle scientifique d’expertise aux Antilles".

Les deux rapporteurs ont conduit leur mission pendant 18 mois et procédé à plus de 200 heures d’auditions auprès de plus de 120 témoins et experts. "Cette molécule est un monstre chimique. Dans certains sols, sa rémanence est totale", conclut M. Le Déaut, qui appelle à pousser la recherche sur le traitement et la dépollution des sols.

Pour autant, cette pérennité n’implique pas d’évidence des conséquences sanitaires, jugent les rapporteurs. Deux études épidémiologiques sont en cours : l’une -"Timoun", "petit môme en créole - s’intéresse aux conséquences neurologiques de l’imprégnation à la chlordécone . L’autre - "Karuprostate" - concerne l’éventuel lien entre imprégnation du sang par la chlordécone et cancer de la prostate ; elle sera publiée en juillet.

Un cancérologue, le Pr Dominique Belpomme, avait publié récemment une étude alarmiste, mise en doute par ses pairs. Mais il a refusé d’être auditionné par les parlementaires, a regretté M. Le Déaut.

Anne Chaon (AFP avec rfo.fr)

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